Le jeudi 20 novembre 2014 à 17h00, le Dr Didier Cupissol, Président national et régional du Gefluc (Groupement des Entreprises Françaises dans la Lutte Contre le Cancer) et le Conseil d’administration ont remis à 4 chercheurs porteurs de projets d’avenir un chèque de 15 000€ chacun.
Le Comité Scientifique du Gefluc, composé de 12 membres de la communauté scientifique et médicale, a sélectionné les projets de recherche de Nathalie Bonnefoy (IRCM), Guillaume Bossis (IGMM), Matthieu Lacroix (IRCM) et Domenico Maiorano (IGH).

4 projets d’avenir en cancérologie.
« Facteurs immunologiques prédictifs de la réponse à l’ipilimumab chez les malades atteints de mélanomes métastatique » Dr Nathalie BONNEFOY- IRCM

Le mélanome cutané est un cancer fréquent dont l’incidence est en constante augmentation depuis les 50 dernières années. En 2012, on estimait à plus de 11 000 le nombre de nouveaux cas en France. Toutes formes confondues, le mélanome est de bon pronostic avec une survie relative à 5 ans supérieur à 90%. Cependant, le mélanome métastatique reste de mauvais pronostic avec, jusqu’à récemment, peu de traitements très efficaces.

Parmi les nouvelles stratégies thérapeutiques, l’ipilimumab, ciblant la molécule CTLA-4 exprimée par les lymphocytes T péri-tumoraux, constitue une avancée majeure pour le traitement du mélanome métastatique permettant un allongement significatif de la médiane de survie à 12 mois. Malheureusement, seuls environ 30% des patients répondent et, ce, de façon variable en fonction des individus. A ce jour, il n’existe pas, de marqueurs fiables permettant de prédire l’efficacité de la réponse à l’ipilimumab, ce qui amène à traiter de nombreux patients sans aucun bénéfice avec des risques d’effets secondaires et un coût élevés.

Basé sur les résultats préliminaires, l’objectif de cette étude est de démontrer que la présence de lymphocytes T exprimant certains marqueurs (PD-1 et CD39) dans l’environnement tumoral, ou dans le sang, est un facteur prédictif d’un défaut d’efficacité de l’ipilimumab. Le bénéfice attendu de ces résultats est, pour le patient, d’administrer un traitement ayant une forte probabilité d’efficacité; en santé publique, de réserver ce traitement coûteux aux seuls malades susceptibles de répondre.

« Dérégulation de la production de radicaux libres dans les leucémies résistantes aux chimiothérapies : une nouvelle piste thérapeutique? » Dr Guillaume BOSSIS – IGMM

Les Leucémies Aigües Myéloïdes (LAM) sont des hémopathies malignes au pronostic sombre. En effet, même si la plupart des patients répondent à la chimiothérapie d’induction, une grande partie d’entre eux rechutent et deviennent résistants aux drogues chimiothérapeutiques classiques. Il est donc essentiel de trouver de nouvelles approches thérapeutiques pour surmonter cette chimiorésistance. Plusieurs travaux, dont les nôtres, suggèrent que les LAM chimiorésistantes produisent des quantités anormales d’espèces oxygénées réactives suite à l’activation d’un complexe enzymatique spécifique : la NADPH oxidase. Le but de ce projet, réalisé en collaboration avec le service d’hématologie clinique du CHRU de Montpellier, est de déterminer le rôle et la régulation de ce complexe enzymatique dans les LAM chimiorésistantes afin de définir de nouvelles approches thérapeutiques visant à améliorer leur traitement.

« Rôles d’E4F1 dans le métabolisme du pyruvate : implication dans la signalisation RAS/RAF, la sénescence et le développement des mélanomes » Dr Matthieu LACROIX – IRCM

Les mélanomes constituent un problème de santé publique majeure puisque ces tumeurs malignes sont responsables de 80% des décès liés à des tumeurs cutanées. Parmi les autres tumeurs issues des cellules mélanocytaires, le naevus constitue une tumeur bénigne qui présente certaines caractéristiques moléculaires communes avec les mélanomes, notamment la mutation de gènes tels que BRaf ou NRas. Bien que l’immense majorité des naevi n’évoluent pas spontanément en mélanomes, ce risque peut atteindre 10% dans certains types de naevi congénitaux géants. Les cellules (mélanocytes) localisées dans ces naevi sont dans un état dit « sénescent »; un état cellulaire considéré comme une barrière anti-tumorale intervenant dans les premières étapes du développement des cancers. Des études récentes suggèrent que, dans les cellules mutées pour les gènes BRaf ou NRas, cet état de sénescence est lié à des modifications du métabolisme du pyruvate qui est contrôlé par un complexe multiprotéique appelé la pyruvate deshydrogénase (PDH). Notre laboratoire a récemment identifié la protéine E4F1 également comme un nouveau régulateur de l’activité de la PDH qui conduit à un état sénescent de la cellule. Il semble que les mécanismes d’action mis en jeu par E4F1 pour réguler la sénescence présentent de fortes similitudes avec ceux mis en jeux par l’oncogène BRaf. Sur la base de ces résultats, nous proposons d’évaluer le rôle d’E4F1 au cours de la sénescence induite par l’oncogène BRaf, et de déterminer son importance au cours de la progression des mélanomes à travers le contrôle du métabolisme du pyruvate.

«Tolérance des lésions à l’ADN et radiorésistance » Dr Domenico MAIORANO – IGH

Les traitements courants dans la prise en charge de patients atteints de cancer sont la radiothérapie et la chimiothérapie. Ces traitements fragilisent la tumeur car ils provoquent une forte quantité de dommages à l’ADN. Toutefois, certaines tumeurs sont résistantes d’emblée, et finissent par échapper aux traitements, par des mécanismes particulièrement efficaces qui sont à l’heure actuelle mal connus. L’objectif du projet de recherche est d’étudier le rôle d’un gène qui contrôle la tolérance aux lésions de l’ADN dans la résistance acquise de cellules souches cancéreuses aux agents endommageant de l’ADN. Ces études permettront de dévoiler un nouveau mécanisme moléculaire de résistance et de proposer ce gène comme nouveau marqueur de détection de cellules cancéreuses résistantes ainsi que comme marqueur pronostic de résistance thérapeutique. A long terme, l’utilisation d’inhibiteurs de la fonction de ce gène est envisageable pour améliorer l’espérance de vie des patients atteint de cancer.